Haïti : Quelle dernière ligne droite ?
Haïti dévastée par plusieurs cyclones, meurtrie par les inondations, sa sélection nationale, déjà en mauvaise posture dans les éliminatoires de la Coupe du Monde de 2010, aborde ses dernièrs préparatifs en vue de la réception du Salvador dans la souffrance et la douleur.
Une semaine avant son dernier match à domicile, le onze national entame la dernière ligne droite de sa préparation dans la douleur. Sous le chaud soleil de ce début d'automne, l'ambiance est cordiale, le travail appliqué, l'ambition visible mais le dénuement est là, implacable. Un sachet rempli d'eau, du matériel de travail, des consignes sans fin : ils écoutent, ils appliquent et ils suent sous le regard de quelques spectateurs venus pour apprécier ou critiquer.
Sur la pelouse, ils suivent, appliquent et parfois murmurent tout bas ce qu'ils approuvent ou désapprouvent. « Chacun des joueurs de cette sélection est une montagne de talents capable de réaliser de grandes choses, cependant tous ensemble, ils n'arrivent pas à former une équipe de football et c'est ça le drame. Tous courent après le ballon, sourire aux lèvres, les yeux brillants.
Sur la pelouse, les joueurs s'escriment stoppés de temps en temps par M. Cons et le staff technique pour corriger les erreurs et indiquer ce qu'il faut faire pour s'améliorer.
Sur la partie sud du terrain, Yves Marie Clervain effectue des tirs dans les buts occupés par son collègue Siméon Jonas. Ses tirs sont imparables et Jonas s'en plaint, son collègue ne le fait pas travailler assez.
Aux abords du terrain, le murmure demeure le même : « Wagneau Eloi a eu les moyens de s'offrir des stages de préparation avant les cinq premières sorties des « Grenadiers » en éliminatoires de la Coupe du Monde, ses successeurs n'ont même pas les moyens de les réunir au ranch de la Croix des Bouquets, encore moins dans un hôtel sérieux à Port-au-Prince. Deux poids, deux mesures pour une même sélection nationale, selon le staff technique qui la dirige ».
« C'est faux », rétorque un membre du comité fédéral ayant requis l'anonymat. « Nous souhaitions que la sélection nationale continue sa préparation dans une situation adéquate, cependant les cyclones nous ont tués. Certaines organisations nous ont même proposé d'organiser le match pour nous en nous permettant d'avoir les moyens de continuer notre parcours dans les éliminatoires, mais on nous a exigé de l'organiser ici en nous promettant de nous donner les moyens de le préparer dans les conditions qu'il faut pour ne pas priver le peuple haïtien de son match de Coupe du Monde. On ne nous a encore rien donné. C'est comme si le gouvernement nous avait oubliés », a-t-il continué.
« Je n'arrive pas à admettre que le Costa Rica, le Salvador et Surinam aient pu prendre des points face à cette équipe haïtienne », se plaint de son côté un spectateur qui, des tribunes étant, suit les entraînements. « Si ces joueurs sont incapables de s'imposer, si la Fédération est incapable de leur donner les moyens nécessaires de se préparer convenablement, si le gouvernement oublie que le football est le sport numéro un du pays pour investir dans cette équipe qui a tant de potentiel, autant tout fermer dans ce pays », conclut-il amèrement.
Sur la pelouse, Jean Mary Cons continue d'assister le staff technique, visiblement confiant dans les possibilités de cette équipe aux potentialités énormes, une croyance qu'il ne semble partager qu'avec les fans de cette sélection, vu que du côté des dirigeants, la confiance semble avoir disparu depuis longtemps.
















